La vérité sur le management disruptif

18/10/2018 | RH

Conceptualisé en 1994 par Clayton Christensen, professeur tout droit venu d’Harvard, la notion de disruption fait aujourd’hui partie du petit lexique de poche du parfait manageur. rnRepris à tort et à travers dans la bouche des experts en stratégie d’entreprise, le professeur Christensen avait lui-même déploré l’utilisation du terme de disruption pour n’évoquer que l’innovation dont faisaient preuve certaines entreprises. Et pour cause : toute innovation n’est pas forcément disruptive.

L’amalgame entre « disruption » et « innovation »

Petit retour aux sources : on parle de « force disruptive » ou encore de « phénomène disruptif » dans le champ lexical de l’électricité, lorsqu’une décharge électrique se produit avec soudaineté et s’accompagne d’une étincelle. Métaphoriquement, la disruption est une rupture.

Dans la bouche du professeur Christensen, la disruption, appliquée aux entreprises, fait référence à un phénomène précis.
Vous êtes prêts ? C’est parti : lorsqu’un nouvel acteur propose un produit ou un service, il entre dans un marché où l’offre existante est déjà satisfaisante, mais celui-ci arrive à investir un segment de ce marché desservi par les autres acteurs.
Ce faisant, en étant fort de proposition et d’innovation sur ces produits, il arrive à remporter des parts de marché appartenant aux autres acteurs. Ces derniers, ne se consacrant qu’à leur segment le plus rentable, perdent peu à peu leur statut de leader sur ce marché et lorsque ce nouvel acteur se positionne au premier plan, on parlera alors d’innovation disruptive.

Pourquoi l’amalgame dans ce cas ?

La clef de l’amalgame entre ces deux termes est la qualité des produits proposés par le nouvel acteur du marché.

L’exemple le plus frappant est celui d’Uber qui a été le plus souvent qualifié de disruptif. Or, selon le concept de Christensen, Uber n’est pas disruptif mais innovant : force est de constater qu’en proposant un moyen de transport moins cher que les taxis tout en adaptant l’offre à la demande, il s’agit d’une innovation d’une qualité supérieure que les maigres propositions du secteur n’ont pas su voir venir.

Cela peut également être appliqué à Airbnb, Netflix ou même Apple. Ces nouveaux modèles de start-up qui émergent autour de secteurs complètement différents.

Côté management, ça donne quoi ?

Souvent, les pratiques managériales s’adaptent à une envie et un besoin : on parle de slow management, de leadership partagé, d’entreprise humaniste… D’un autre côté, sont considérées comme disruptives les méthodes de management du PDG d’HP France ; en réformant en profondeur l’entreprise, la vitesse est de rigueur pour lui : « En France, on aime passer du temps à analyser, à faire des réunions, à réfléchir. Moi, je pense qu’il vaut mieux se tromper 20 % du temps et avancer, plutôt que de vouloir avoir raison tout le temps et ne rien faire. ».
Aussi, le management disruptif veut finalement tout et rien dire à la fois.

Cependant, il est important de souligner qu’un renouveau managérial est l’occasion d’amorcer une innovation d’ordre stratégique, structurelle et systémique de l’entreprise.

Enfin, on appose le terme « disruptif » lorsqu’on pense à certains bad buzz en management chinois, un manager rétablissant la fessée (oui, oui…) pour les salariés n’ayant pas gagné une compétition.
Bon, passons outre cela et parlons terminologie : nous avons affaire ici à une mécompréhension du terme « disruption ». Le terme est utilisé au sens figuré, dans le sens de rupture.

L’innovation de rupture existe désormais, on argumente allègrement au sujet de nouvelles méthodes de management, on parle de méthode C-K alliant le monde de la créativité à celui de la connaissance pour disrupter l’innovation…
Il ne faut pas oublier qu’à l’origine, il ne s’agissait pas de ça.

 

N’était-il pas nécessaire de conserver le terme d’innovation ?

Le management disruptif évoque beaucoup de choses, tout en laissant peu de place à une définition claire et précise sur les enjeux inhérents à cette pratique et sur les fondements sur lesquels il se base.
Bien qu’on comprenne l’idée derrière le terme, la pratique ne suggère pas une réelle rupture avec le management actuel.

Rédigé par Florent Letourneur,

Co-fondateur de Happy to meet you

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