Depuis quelques temps, la France, et plus largement les pays dits « développés » sont confrontés à un paradoxe : Chômage Vs Guerre des talents
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J’explicite pour les deux-trois dans le fond qui ne suivraient pas. Je ne vous apprends rien si je vous dis que près de 10% de la population active française est à la recherche d’un emploi ? Bien. Sachez également que bon nombre d’entreprises rencontrent des difficultés à pourvoir leurs postes vacants (40% si on en croit une étude menée par Manpower en 2015). J’y suis moi-même confrontée quotidiennement puisque mon métier consiste précisément à accompagner ces entreprises dans leur recherche de talents. Et, croyez-moi, ce n’est pas une tâche aisée.

Mais comment tant de personnes peuvent-elles être sans emploi alors que beaucoup d’entreprises ne demandent qu’à recruter me demanderez-vous ? C’est en faisant le tri dans mes affaires (une de mes nombreuses résolutions pour l’année 2017) et en tombant sur mon vieux manuel d’économie de Terminale que j’ai trouvé un début de réponse : Schumpeter.


La destruction créatrice : un cycle continu

Ça ne vous éclaire pas ? C’est pourtant simple. Notre cher ami Schumpeter, Joseph de son prénom, a mis en évidence au début du 20ème siècle la notion de destruction créatrice. Bon, je suis d’accord, il aurait pu trouver une expression un chouia plus explicite, évoquant un peu moins un remake raté de la Guerre des Étoiles, mais, je suis sympa, je vous explique.

Selon ce bon vieux Schumpy, l’économie est rythmée par des innovations générant de la croissance jusqu’à ce qu’elles soient remplacées par de nouvelles innovations. Jusqu’ici, tout va bien. On comprend en effet assez aisément comment les ordinateurs ont remplacé le Minitel ou comment les téléphones portables ont remplacé les briquets.

 

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On se reconcentre après cette blague absolument désopilante (ou triste selon le point de vue) parce que c’est ici que les choses se compliquent un peu : Certaines de ces innovations, dites radicales, viendraient bouleverser l’économie toute entière en engendrant une grande quantité d’innovations moins importantes, dites incrémentales (on remercie encore Schumpeter pour son sens de la formule). Si ces grappes d’innovations sont sources de croissance de par les nouveaux produits et services, les nouveaux métiers ou encore les nouvelles manières de produire qu’elles génèrent, elles en rendent également d’autres obsolètes.

L’exemple le plus frappant est sans doute celui de l’électricité. L’invention de cette dernière a permis d’autres innovations (le moteur électrique, les machines…) qui ont complètement transformé l’horizon économique mondial et donné lieu à la seconde Révolution Industrielle. Si toutes ces innovations ont engendré des gains de productivités phénoménaux, et donc de la croissance, elles ont également remplacé des machines et de procédés rendus obsolètes et détruit certains emplois.

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Crise de l’emploi ou crise de compétences ?

Bon, normalement, à ce stade, vous me voyez arriver avec mes gros sabots. Le parallèle avec la révolution numérique que nous sommes en train de vivre parait en effet assez évident. L’avènement des NTIC et d’Internet a bouleversé les façons de produire, de consommer, de communiquer, de travailler, ainsi que les biens et les services offerts, l’organisation des entreprises et mêmes les relations sociales. Et si le digital a et continue de créer de nouveaux emplois, il en détruit, ou du moins en transforme beaucoup.

Pour résumer, on se retrouve donc avec des individus dont les compétences ne sont plus en adéquation avec le marché du travail et des entreprises se livrant une guerre sans merci (sans dramatisation aucune) afin de recruter les talents maîtrisant ces nouvelles innovations technologiques et organisationnelles. Une partie du chômage pourrait donc être expliquée non pas par une crise de l’emploi mais par une crise de compétences.

Je vous entends déjà me rétorquer : « Tu es bien gentille Coline mais, une fois qu’on a dit ça, on n’a pas réglé grand-chose ! ». Certes. J’ai bien conscience que le système éducatif et universitaire met du temps à s’adapter aux nouveaux besoins des employeurs et qu’une reconversion professionnelle ne se fait pas du jour au lendemain. Cependant, cette révolution numérique a eu pour effet positif, si je ne devais en choisir qu’un, de permettre une plus grande diffusion de l’information et donc, du savoir. Le web regorge de MOOCs, webinaires et autres solutions en tout genre pour se former, apprendre, progresser et découvrir. Et, promis, je vous prépare une petite sélection des meilleurs outils et méthodes pour se former grâce aux trésors du web dans un prochain épisode ! 

Auteur : Coline Gabillard

Chargée de Recrutement

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Vos réactions

    Pendeliau

    Le 16 février 2017 à 10:04

    Article très intéressant!